Une blanchisserie à Paris – Épisode 2/2

J’ai toujours entendu parler depuis l’enfance de mes ancêtres tenant une blanchisserie à Paris 14ème. Curieuse, j’ai voulu en savoir plus. Suite et fin de ma rencontre avec la famille MICHAÉLIS à partir d’une carte postale. Portraits croisés de Gertrude GRÖHL et des enfants MICHAÉLIS.

La famille MICHAÉLIS s’agrandit

Après leur mariage, le 03 juillet 1897, Guillaume et Hermance s’installent au 15 rue de la Huchette à Paris 6ème. Ils y auront trois enfants Reine Caroline (mon arrière-grand-mère), née le 01 juin 1898, André Constant né le 11 juin 1899 et Germaine Éléonore, le 30 octobre 1900. Ils déménagent ensuite au 18 dans la même rue.

Enfants et déménagements entre 1898 et 1905

André Constant et Germaine Eléonore naissent tous les deux au 33 rue de la Bûcherie, c’est à l’époque une annexe de l’Hôtel-Dieu. On notera l’hommage dans les prénoms du fils aux prénoms des grands-pères André Guillaume MICHAELIS et Léonard Constant LALLEMAND.

Gertrude GRÖHL, le dur labeur d’une blanchisseuse

L’année 1903 est une année de malheur, après la perte du père d’Hermance, Léonard Constant LALLEMAND, le 06 février, c’est la mère de Guillaume, Gertrude GRÖHL qui décède le 17 décembre.

Gertrude est blanchisseuse. C’est un métier difficile et presque exclusivement féminin. Les journées sont longues surtout au cœur de l’hiver. Elle est encore au bateau-lavoir du pont Saint-Michel à 9 heures du soir, lorsqu’elle y décède à l’âge de 67ans.

C’est un dur métier; l’hiver, l’eau est bien froide, les mains se gercent et se crevassent; mais l’été, la chaleur du fer vous brûle et vous dessèche.

Extrait de La petite blanchisseuse par Marie Laubot – 1907 – Source Gallica.bnf.fr / BNF
Bateaux-lavoirs du Pont Saint-Michel – Source Gallica.bnf.fr / BNF
Vue du petit bras de la Seine et de la Cité, prise du Pont Neuf dessin par Raffet 1830

Elle est ensuite transportée chez elle au 27 rue Saint Jacques à Paris 5ème à 200m de là . Est-elle tombée dans la Seine ? S’est-elle effondrée d’épuisement ou de froid ? Je n’ai pas trouvé plus de détails.

Gertrude GRÖHL est née à Weinolsheim (actuellement dans l’ État de Rhénanie-Palatinat en Allemagne) vers 1836, fille de Jean GRÖHL et de Suzanne ELLER. Elle est veuve de André Guillaume MICHAÉLIS depuis déjà 8 ans.

Archives de Paris – Décès de GRÖHL MICHAELIS Gertrude 1903 01 1D1

Hermine MICHAÉLIS, sa fille et sœur de Guillaume est aussi blanchisseuse. Elle est présente lors de la déclaration du décès de sa mère le lendemain. Celle-ci a repris son nom de jeune fille car elle a divorcé de Emile Joseph MIMIN 6 mois plus tôt. Elle habite désormais dans le 19ème au 244 boulevard de la Villette, à 1h à pied du quartier Latin. Peut-être utilise-t-elle la nouvelle ligne 2 du métropolitain ouverte depuis avril et qui dessert le Nord de Paris.

Des enfants et des déménagements…

En 1908, à la naissance de leur quatrième enfant, Suzanne Hélène, le 26 octobre à l’hôpital Cochin Paris 14ème, Guillaume MICHAÉLIS et Hermance son épouse ont déménagé au 7 rue de la Harpe à Paris 5ème, toujours dans le même quartier.

Ils accueillent ensuite Lucien Marius, le 28 mai 1910 né chez Mme MOURIER, sage-femme au 92 rue Daguerre à Paris 14ème.

Enfants et déménagements entre 1906 et 1911

Entre 1898 et 1910, Guillaume est successivement garçon de café, garçon de restaurant, cuisinier et garçon de cuisine; Hermance est couturière, giletière. En 1913, Guillaume est inscrit comme garçon de lavoir ; Hermance est dite mécanicienne (en confection), c’est-à-dire qu’elle utilise une machine à coudre.

Ils habitent à présent dans le 14ème, au 27 rue Vandamme, quand naît leur 6ème enfant Marie Louise Hermance, le 13 décembre 1913 chez Hermance ESCUDÉ, sage-femme au 22 rue de la voie Verte (actuelle rue du Père-Corentin) à Paris 14ème.

Hermance assume seule la famille quand naît Hélène Henriette, le 06 mars 1916 dans un service d’accouchement au 297 rue de Saint-Jacques à Paris 5ème. Marie Caroline SAUVE, veuve LALLEMAND, la mère de Hermance est venue habiter chez sa fille quand elle a été témoin de cette naissance.

Guillaume est absent, il s’est engagé volontaire dans la légion étrangère depuis septembre 1914. Français de cœur depuis de nombreuses années, Il demandera la nationalité française et l’obtiendra en avril 1923.

Enfants et déménagements entre 1912 et 1922

Le couple aura encore un huitième enfant, un fils, Robert Georges, né le 08 novembre 1922 à Paris 14ème mais malheureusement il décédera à l’âge d’un 1 an, le 20 janvier 1924.

La blanchisserie MICHAÉLIS

C’est seulement à son retour de la guerre, vers 1920 que Guillaume et toute sa famille s’installent au 17 rue Schomer (actuelle rue Jules Guesde). Ils y ouvrent une blanchisserie.

Exemple de l’équipement d’une blanchisserie à Paris en 1920 Le séminaire de Saint-Sulpice : la blanchisserie : [photographie de presse] Agence Meurisse 1920 – Source Gallica.bnf.fr / BNF

De leur vie dans cette blanchisserie, je n’ai ni témoignage, ni papier. Il me plaît à penser qu’elle ressemble au récit d’Alexis Bouvier (1891) qui décrit le quotidien d’une famille tenant un blanchisserie, rue des poissonniers à Paris 18ème, dont voici un extrait :

Extrait Les petites Blanchisseuses par Alexis Bouvier – E. Flammarion (Paris) – 1891 page 2
Source Gallica.bnf.fr / BNF

La blanchisserie MICHAÉLIS, présente sur sa devanture une inscription « glaçage » : c’est une technique de repassage qui consiste à maintenir ensemble deux épaisseurs de tissu par un ourlet commun. Elle est principalement utilisée pour les cols et les manches.

L’industrie du blanchissage et les blanchisseries… [Texte imprimé] / Arthur Bailly, 1896 page 306 – Technique du glaçage – Source Gallica.bnf.fr / BNF

C’est en 1930 que sera présentée à la Foire de Paris, la première machine à laver à moteur électrique. Son développement grandissant rendra la profession beaucoup plus industrielle dès le début des années 1960.

Le recensement de 1926

Les enfants de Guillaume et Hermance MICHAÉLIS

Le recensement de Paris en 1926, nous donne un bel aperçu de la famille, on retrouve Guillaume et Hermance ainsi que leurs filles Germaine, Suzanne, Marie-Louise et Hélène.

Germaine 25 ans et Suzanne 18 ans travaillent avec leurs parents comme blanchisseuses.

Archives de Paris – Recensement 1926 Paris 14ème Quartier Plaisance D2M8 271

Reine l’ainée est déjà partie, elle s’est mariée en 1921 à Auguste François PELTIER. Ils ont déjà leurs 2 filles Giselle Hermance née en 1922 et Reine Germaine (ma grand-mère) née en 1924. Ils résident au 165 rue du Château Paris 14ème à 5min à pied de la blanchisserie.

André lui aussi est s’est marié avec Léontine FRATISSIER (dite tante mimi), en 1923. Ils habitent au 97 rue d’Alleray à Paris 15ème. Ils sont aussi très proches géographiquement.

Je n’ai pas encore réussi à savoir ce qu’était devenu Lucien. Il est peut-être mort avant 1945 mais quand ? où ? Je dois me rendre physiquement aux Archives de Paris pour en savoir plus.

Et si on étudiait un peu cette photo…

Carte postale de la blanchisserie MICHAÉLIS, Paris 14ème – Archives Familiales
Colorisation via le site My Heritage
  • De quand date la photo ?

Le format photo carte postale 9 x 14 cm, imprimé sur carton, est assez courant entre 1918 et 1927. Il n’y a pas de mention d’un photographe.

Le sujet : grâce à la dernière trouvaille sur Gallica (voir épisode 1), je sais maintenant qu’ils ont géré cette blanchisserie moins d’une dizaine d’années entre 1920 et 1928. La fourchette de dates reste donc cohérente.

L’indice crucial, c’est le jeune soldat qui fume nonchalamment. Un seul membre de la famille a fait son service militaire entre 1920 et 1927, c’est André Constant MICHAÉLIS, Classe 1919 !

En consultant sa fiche matricule, on retrouve une fourchette de dates très précises pour sa présence en habit militaire à la blanchisserie au 17 rue Schomer : une permission entre le 21 mars et le 13 mai 1921.

Archives de Paris – Extrait fiche matricule militaire de MICHAÉLIS André Constant
Classe 1919 – Matricule 3583 – D4 R1 2125

(…) Renvoyé dans ses foyers le 21 mars 1921 en attendant son passage dans la réserve, qui aura lieu le 15 avril 1921. Certificat bonne conduite accordé ! Se retire à Paris 17 Rue Schomer 17. Rappelé à l’activité art. 33 loi ou 21 mars 1905 arrivé le 13 mai 1921. Parti en renfort à l’Armée du Rhin le 13 mai 1921 (…)

Transcription de l’extrait de la fiche matricule de MICHAELIS André Constant
Classe 1919 – Matricule 3583 – D4 R1 2125

On peut en conclure que la photo a été prise entre fin mars et avril 1921. Elle a donc 100 ans ce mois-ci !

  • Qui prend la pose ?

En avril 1921, Guillaume a 51 ans, Hermance 45 ans, André 21 ans, Germaine 20 ans, Suzanne 12 ans, Marie Louise et Hélène 7 et 5 ans. La grand-mère Marie Caroline LALLEMAND a 72 ans. André et Guillaume mesurent tous les deux 1m65 (d’après leurs fiches matricules militaires).

En partant du principe que Guillaume et Hermance sont sur la photo et grâce à une comparaison avec une photo de Marie Caroline SAUVE veuve LALLEMAND prise dans les années 1930, voici mes propositions :

Carte postale de la blanchisserie MICHAÉLIS, Paris 14ème en 1921 – Archives Familiales
Colorisation via le site My Heritage infographie by Piktochart

Enfin, vous l’avez sans doute remarqué, ils aiment beaucoup les animaux ! Il y a deux chiens, un chat et des canaris. C’est une sacré ménagerie pour une blanchisserie…

Ainsi se termine mon petit périple parisien à la recherche de la blanchisserie familiale. À la semaine prochaine pour de nouvelles aventures généalogiques. #52ancestors52weeks

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